Trilogie : sorties longues en altitude... (1/3) 3 janvier 2026 - 32 km - Asclier
| Par la route sud on évite la glace... |
Analyse de belles prestations à Sumène
Le village de Sumène en Cévennes symbolise pour moi ce que j’appellerai les “belles prestations d’antan”. Je vais, pour fêter cette idée, effectuer une ascension pédestre.
C’est un village perdu qui a son charme. Souvent on y passe sans s’arrêter, en retour de virées cévenoles. Il se situe à 5 km de Ganges.
La proximité de la porte des Cévennes doit bien avoir une influence sur lui mais on est loin de ces Népalais ou autres Indiens affichés qui errent le long du Gange à sec (voir “Ganges sur le Gange”, texte sur ce même blog).
C’est une bourgade plus froide, plus rugueuse, isolée.
Avant que ne soit réalisée la voie verte, rive gauche du Rieutord, il fallait passer par la route en contrebas. On ressentait un changement de climat, de couleur. C’est plus sombre dans le secteur. Un vent de face pouvait aussi freiner le cycliste, ce qui l’éloignait encore plus du village.
Il fallait mériter Sumène.
Il y a une cascade, c’est un peu Venise suspendue mais sans les gondoles. Trop sec.
On y cherche un martin-pêcheur comme devant l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert. Jamais trouvé.
J’y ai fait quelques clichés sur mon Lubitel avant l’arrivée du numérique au siècle dernier.
À Sumène, on a envie de s’y arrêter, mais disons quand même pas trop longtemps. On dirait un village abandonné. Étrange sensation de charme pour le touriste qui, à la tombée de la nuit, sentant une menace, va vite monter dans sa voiture pour rentrer. Des murs gris, de la pierre, une eau présumée gelée venant de glacières inconnues…
Une définition des Cévennes, finalement.
Ganges est une porte.
Sumène est derrière la porte et ne communique pas du tout avec la mer. On imagine ici un parrainage des Causses ou de l’Aubrac.
Il y a bien ce bistrot à l’angle d’une rue que personne ne calcule. Faut dire qu’il y met du sien.
Seul le hasard au bout d’un pourquoi pas peut te faire pénétrer dans ce local.
On est “en fin de règne”, diraient les historiens spécialistes, mais le règne de qui, de quoi ? Et régner sur quelle peuplade ?
Aujourd’hui, le ménage n’est plus fait, le café est douteux, des chiens incontinents vont et viennent autour de toi.
Et pourtant.
Dans ce village j’ai vécu des choses fantastiques, j’ai été acteur et témoin de belles prestations. Voyons.
1) Belles prestations de course.
Chaque année (en automne) était organisée là une des premières courses “nature” du département appelée “ronde de la châtaigne” (un 16 km). À l’époque, je commençais à m’intéresser aux courses régionales en complément de mes prestations cyclistes. C’était une façon d’alterner les sports l’hiver pour ne pas se lasser, ne pas se blesser. En fin de saison, les volumes horaires pour le grand air sont limités avec la nuit et le travail. 1 h de footing correspond bien à 3 ou 4 h de vélo.
Un nouveau challenge était proposé pour un dilettante comme moi et la bande que je fréquentais alors.
Il était de terminer dans “les 100 premiers” de la course et être ainsi récompensés.
Une mini-coupe aux 100 premiers ! Un jeu généreux, inconcevable aujourd’hui.
De nos jours même le premier n’a plus de récompense et pour des courses bien plus difficiles encore (ex : une barre d’Ovomaltine au Festa-Trail de St Mathieu !).
Cette “performance” (relative) n’était pas gagnée. Il y avait plus de 1000 participants ! Il fallait donc entrer au pire dans les 10 % meilleurs. C’était brutal.
Et quand bien même, malgré le bon cardio, il était à l’ouvrage toute l’année, il fallait surtout de la vitesse. C’était à l’époque aussi un étalonnage entre copains. Qui allait rentrer dans les 100 ?
Ma grande satisfaction fut de réussir 5 fois ce challenge de récompenses et souvent en sortie des 100 km de Millau (ce qui n’était pas vraiment la meilleure préparation). Des passages à Millau préparés aussi au mois d’août… mais je précise que c’était juste pour participer, pas pour performer (je ne suis d’ailleurs jamais passé sous les 12 h). Il faut dire aussi, à ma décharge, qu’à Millau il n’y avait pas de mini-coupe pour les 100 premiers...
A Millau il n'y avait rien mais c'était annoncé au départ.
J’ai retrouvé les archives :
20 oct. 91 1 h 02'50’’ 59/1294 15,28 km/h 5 %
19 oct. 92 1 h 04'02” 93/1350 14,99 km/h 7 %
17 oct. 93 1h04’48’’ 78/1350 14,81 km/h
16 oct. 94 1h06’35’’ 117/1329 14,41 km/h 117/1329 (récompensé jusqu’au 119ᵉ… en enlevant les premiers du challenge)
20 oct. 96 1h04’12’’ 55/1000 14,95 km/h
5 réussites donc.
| J'ai gardé les plaques... Moins de poussière... |
Il fallait que j’en parle un jour.
J’y pense quand je passe à Sumène.C’était le bon temps.
2) Belles prestations des organisateurs.
Quand on
participe à une course ou un évènement payant, on doit regarder le
rapport qualité/prix. Sinon autant ne pas participer, ne pas payer et faire son propre parcours.
Il y a deux personnes en interaction : le concurrent et l’organisateur, l’un ne devant jamais se comparer à l’autre. L’un est doué pour organiser, l’autre est doué ou a des qualités pour courir. Le concurrent paie pour que l’organisateur existe et sans lui l’organisateur n’existerait pas. Et pas vice versa. Un coureur peut courir sans organisateur. Un organisateur sans concurrent n’organise pas.
Il s’agit d’un échange, d’un troc entre sociétés comme il en existe depuis l’aube de l’humanité.
Là où il peut y avoir problème, c’est quand le troc est déséquilibré.
Ce déséquilibre existe depuis quelques années dans le monde de la course et des trails. Il est en faveur des organisateurs qui se “gavent” profitant d’une demande qui explose.
C’est indécent et insupportable. Les concurrents paient comme des moutons, soumis, volés, humiliés.
Ils paient pour courir et l’organisateur encaisse sans organiser de façon correcte.
En 89 nous étions à 35 francs l’inscription (40 f en 1995).
Une actualisation s’impose pour être en euro constant.
100 F en 1989 valent en 2025 190 FRANCS (inflation 90 % entre 1989 et 2026). Voir calculateur.
35 F valent 67 F en 2025, soit environ 10 euros (on est donc à 62 centimes du kilomètre).
L’inscription à une course de 16 km est au minimum de 16 euros en 2025.
Toutes les courses aujourd’hui au calendrier sont à plus de 1 euro du kilomètre (le marathon de Paris, par exemple, est “un braquage en bande organisé”à 3 euros minimum du kilomètre).
Ce qui fait une augmentation inexplicable de 60 % !!!
Si on compte également qu’il n’y a plus la moindre prestation (ravitos disparus sous prétexte d’autonomie, aucune récompense aux premiers, plus de tee-shirt, que des bénévoles pour assurer le jour J…), cela relève bien du détournement de fonds.
Voyons les prestations de 1989 : Oublions la récompense “élitiste” des 100 premiers (c’est cadeau). Chacun des 1000 concurrents avait un sac, une médaille, un diplôme, un casse-croute. Il faut y ajouter tous les ravitaillements et les récompenses nombreuses au tirage au sort lors de la remise des prix. Les ravitaillements étaient de véritables buffets à volonté.
Donc bravo aux organisateurs de Sumène de l’époque.
Merci pour leurs prestations de course avec un excellent rapport qualité prix.
3) Prestation d’aujourd’hui : 3 janvier 2026
Le temps a passé, le corps s’érode, ainsi va la vie… Mais on n’est pas encore exempté de belles prestations sportives. En mémoire de mes “exploits” (relatifs et personnels) ici, mais surtout de ceux des organisateurs qui arrivaient à satisfaire plus de 1000 participants sans aucune inscription par internet, je vais faire une sortie longue dans l’Asclier.
Ce déplacement est dans la lignée de ces ascensions pédestres du Turini (2023) mais aussi de ces déplacements au Mt Ventoux pour faire le semi-marathon le plus haut d’Europe (2012)…
À s’entraîner (pourquoi faire d’ailleurs) autant qu’il y ait un thème sympa et historique !
Il fait froid depuis quelques jours, un bel hiver. J’aime l’hiver.
Je donne donc mon départ de ce café délabré de Sumène qui disparaitra bientôt faute de clients pour encore une histoire de rapport qualité/prix. On ne se moque pas de l’humanité ad eternam. À méditer.
Me voilà sur les lignes droites de Sanisssac comme il y a 30 ans. Je vais beaucoup moins vite certes, mais je peux apprécier les paysages. Le Rieutord s’invite sous des ponts, je cherche la côte du Caila, cette bosse qui ne faisait pas vraiment baisser la moyenne (finalement).
J’ai 1 l d’eau mais ce n’est pas aujourd’hui que je vais transpirer. Cette face sud est toujours aussi belle comme l’est aussi la face nord de l’autre côté, celle par Millérines (celle des Plantiers est moins esthétique).
Au sommet ce sera le pique-nique. Il fait beau.
Redescente et visite de St Martial. Je n’ai jamais visité ce village lors de mes nombreux passages à vélo. Il est temps...
Plus bas, pas très loin de Sumène, je fais du stop, l’important était cette montée sèche continue jusque là-haut.
C’est le nouveau boulanger du village qui me ramène à ma voiture. Sympa le gars. Je viendrai bientôt lui acheter quelques croissants. S’ils sont “ au beurre”.