St-Chaptes, village jumelé… (15 juillet 2026 – 126 km)


Un magnifique giratoire avec bivouac possible...
Mais c'est un piège tendu par tout ce qui est construit au milieu des choses...
Car au milieu, il n'y a souvent rien ou pas grand chose...


Qui connait St-Chaptes ?

Personne.

Si tu passes par ici, c'est que tu as un problème, tu es à minima en panne.

Pourtant il y a la belle Uzès pas très loin à vol d'oiseau, la ville cossue, flamboyante, adulée des intermittents de Paris qui ont quelques cachets à flamber.

Il y a aussi plus à l'est Alès et ce Nîmes, mais faut-il en parler ou le prendre en référence ? Cela ne pourrait qu'aggraver les choses… Je pensais même à ce Bagnols-sur-Cèze sur l'ascèse. Vraiment n'importe quoi ?! Un effet de la canicule qui se prolonge sur mon cerveau ?

Quand tu es dans l'aire d'attraction de Nîmes, c'est que tu pars mal… Toujours.

Attiré par Nîmes ? Qu'est-ce à dire au niveau des potentiels de chacun ?

Oui, il faut bien avoir chaud sous le casque pour se retrouver là dans ce village à marécages souvent secs. Le Gardon n'est pas loin et son lit fluctue depuis toujours pour nettoyer simplement ce qui ne doit pas rester. Il y a pourtant couchées dans le lit originel quelques maisons qui résistent à l'eau et aux dilatations argileuses. Elles abritent les St-Chaptois.

Il faut ouvrir une carte Michelin pour comprendre qu'ici, être au milieu de nulle part prend toute sa signification. On a un "village milieu" posé à plat (presque dans un creux) entre la route d'Uzès qui part de Moussac, le Gardon (ou le Gard, ce qui est pire) et enfin, la route Nord qui monte de Nîmes via le pont Saint-Nicolas. Aucune raison objective de s'agglomérer içi même pour des prétextes de foin, de vignes ou d'aubergines. Je rappelle aussi que la vigne déteste les paluds. Sur la vase et le sable, "elle rend" au sens de "elle vomit". Rien de bon.

Personne ne te dira jamais : "On va passer par St-Chaptes." C'est impossible. L'an dernier pourtant nous l'avions fait avec Eric et Masha pour rejoindre le Ventoux. Je n'ai toujours pas compris à cette heure pourquoi. C'était un détour lié certainement à ce maudit GPS d'Eric. Quelle informatique inhumaine ! Je ne leur ai pas dit sur le coup pour ne pas ternir notre fête qui allait vers le géant de Provence. Ce passage à St-Chaptes pourtant m'avait perturbé jusque bien tard dans l'après-midi. Peut-être même qu'il m'a ralenti après Ramayette. Qui sait ? Il n'y a pas que les braquets dans la vie.

La petite route sud qui va vers Bourdic aurait fait l'affaire. Bourdic propose aussi un vin meilleur.

J'ai jumelé St-Chaptes avec Salles-d'Aude.

Pourquoi ce jumelage ?

C'est moi qui l'ai décidé. Je m'explique.

Cette commune située au sud de Béziers, au bord du massif de la Clape, a les mêmes caractéristiques que St-Chaptes. Un peu moins isolée peut-être et connue de quelques cyclistes qui veulent faire du "longe-côte" pour rejoindre Perpignan. Une ville de marécage sauvée provisoirement des eaux par opportunités de canicules et d'assèchements industriels.

Le 24 août 1981, j'avais rallié à vélo de Montpellier (St-Georges d'Orques) le village de Salles-d'Aude pour rejoindre mes parents qui étaient invités par la sœur et le beau-frère de mon père (on dira tata et tonton). Pour les révisionnistes, j'ai les carnets qui attestent de ce trajet (à 30 à l'heure de moyenne !?). La mémoire écrite est importante. Le cerveau peut défaillir après 45 années.

Je faisais un peu n'importe quoi pour me faire remarquer à l'époque avec un vélo et pas que. Surtout vis-à-vis de la famille qui n'en avait strictement rien à faire. J'ai corrigé ensuite. Question de maturité. Pas le choix aussi.

C'était sympa de retrouver cette branche un peu russe (comme mon père) de mes ancêtres avec un déplacement physique. Venir à vélo pour moi avait une belle symbolique d'investissement. Tata et tonton, je ne les avais croisés que deux ou trois fois dans ma vie. J'avais pourtant déjà 20 ans.

Je ne les reverrai plus ensuite. Va savoir pourquoi ? Va comprendre.

Aujourd'hui je corrige et vais les retrouver sans culpabilité puisque ... c'est toujours moi qui corrige.

La symbolique est belle, disons sympathique.

Il y a 45 ans, je suis allé vers eux à vélo.

Aujourd'hui je retourne vers eux à vélo.

Entre les deux, rien. Nada. La vie m'a depuis appris que souvent au milieu il ne se passait rien.

C'est incroyable ce que le vélo est capable de faire facilement dans des cas surtout d'apparence si simple !

Mon oncle et ma tante sont dans une maison de repos (EHPAD) à St-Chaptes. Comme explicité plus haut, St-Chaptes est bien un endroit pour mourir. Un vrai piège de la vie. Une trappe. On y est au milieu de nulle part et pour l'éternité. Dans les limbes en attendant le reste.

Moi, qui suis-je dans cette affaire ?

Un messager témoin avec mon vélo. Je suis passé il y a 45 ans et je reviens. Que s'est-il passé entre les deux à part les abandons et le dérisoire triste ? Qui a abandonné qui ?

Me voilà dans l'EHPAD, il y fait chaud. Qui sera à ma rencontre ? J'imagine depuis le matin ma tante ou mon oncle qui me dirait : "Tu nous as manqué… On avait bien aimé que tu viennes il y a 45 ans en vélo, tu sais, là-bas vers Narbonne…"

Il fallait peut-être me dire ça lorsque tout était encore possible. Non ? Je suis arrivé trop tard ? Pas tout à fait quand même : ma tante (que je n'ai pas reconnue et est-ce ma faute ?) me dit que c'est bien que je sois venu… Une phrase automatique bienveillante de cette dame encore très digne ? Je la garde. C'est valable. Je vais voir ce que je peux faire. Pas grand-chose. Disons rien.

Le petit vélo est venu dire au revoir et constater de façon presque légiste l'abandon total de cette partie de ma famille. En suis-je responsable et/ou coupable ?

Je me console en me disant que c'est moi et personne d'autre qui suis venu et par deux fois ! La récidive est toujours une action à ne pas prendre à la légère.

J'ai été le seul à faire le premier pas. Et le dernier aussi c'est plus que probable. 

Pour le reste… C'est à la mort, sans aucun doute, qu'il faudra payer le tribut de ce que l'on n'a pas su donner ou recevoir. Jean Carrière l'explique mieux que moi.

En sortant (difficilement car portail bloqué qui ne fonctionne que dans un sens, on ne sort pas d'ici), je trouve une belle borie construite dans le rond-point juste là. J'aime les bories, j'habitais un temps "rue de la Borie" à Villeneuve-lès-Maguelone. La Borie pour moi, c'est la Provence.

Un beau bivouac potentiel.

Que vient-il faire ici alors que personne à priori ne passe…

Je m'attarde un peu et monte sur le rond-point pour voir s'il est habitable. Théoriquement, jamais je ne dormirai ici, puisqu'un cycliste n'y passe jamais. L'entrée est placé dans l'axe des phares des voitures qui vont prendre le giratoire. Ce doit être délibéré pour empêcher le squat (décision du conseil municipal). L'hôpital à St-Chaptes, oui, l'hospitalité, non.

À oublier donc.

La vie reprend ses droits.

Je ne repasserai pas une troisième fois, c'est certain. Même si je m'en crois capable.

Bonne route à vous, mon oncle et ma tante.

Quittez St-Chaptes quand vous voulez, ce n'est assurément pas la meilleure adresse.


C'est petit vélo qu'est passé...


La dernière demeure des bonheurs potentiels enfuis...
Il n'y a plus personne... C'est vrai à cette heure il fait chaud...
J'aime les explications simples...





 

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