Marrons versus châtaignes... ( 24 Octobre - 108 km)
La vie oscille entre deux fruits tellement différents : les marrons et les châtaignes.
Tout petit, on apprend à en discerner les caractéristiques. Il en va de sa survie physique mais aussi mentale.
On les confond même avec des abus de langage. On dit "on est marron" mais aussi, "on a pris sa châtaigne..." Ce qui semblerait presque équivalent. Pas vraiment. On ne peut pas être marron avec une châtaigne prise.
Parlons du marron. Il est certainement le premier à apparaître et à être disponible aux enfants qui jouent dans les grands parcs ombragés construits par les adultes d'il y a quelques décennies. On le trouve aussi dans les grands jardins de ces grandes demeures bourgeoise qui provoquent les quartiers populaires. Ces mêmes maisons, avant de finir inexorablement en ruines entre les mains de descendances hystériques et sans repère, ont "marron sur rues" (on parle plutôt d'indescendance plutôt que de descendances, sans le moindre respect pour la noble valeur ajoutée apportée par les anciens).
Le marron. Un fourbe celui-là. On l'appelle aussi marron d'Inde. Rien que l'appelation, aujourd'hui, donne la nausée de clichés modernes. Pourquoi pas marronnier de Bali tant qu'on y est ? L'Orient devrait nous sauver ? Le moindre sauvage en est mort de rire.
Le marron d'Inde ? Une espèce de pot de fleurs oriental domestiqué et approuvé par les conseils municipaux qui jouent les paysagistes et les opportunistes.
Cela va très bien pour les amis de Péppone qui peuvent refaire le monde sous l'ombrage de leurs idées sociales positivistes de bazar.
Le marronnier d'Inde, c'est une belle plante d'ornement. Il ne te fera que de l'ombre dans ta vie.
Quand tu es petit, en grand naïf expérimentateur, ta vérité immédiate est tout autre. Tu ramasses ce gros marron séduisant, accessible et reste toujours interrogatif. Que faire de ce gros truc ? C'est gros, lisse, luisant, et froid. Même en été !?! C'est peut-être un fruit religieux, un fruit de sacristie ? Une option. Etes-vous entré dans une sacristie ? Ambiance garantie. Médecine légale.
En tous les cas, cela ressemble bien à un outil de messe. Une babiole de liturgie utilisable avant que des vieilles Folcoches à ne plus savoir qu'en faire, éparpillées au soleil sur le parvis après les bénédictions globales et les chuchotis théologiques, puissent en prendre le relais.
Te parviennent aujourd'hui encore ces chants mièvres de l'au-delà, apparentés aux musiques de Dracula, ces couplets du fameux comte de Lautréamont. Les fruits défendus.
Sachant que tu n'as que ça à te mettre sous la dent, c'est bien qu'on t'a poussé au vice en te plaçant là devant ces boules. Adam n'avait donc pas le choix. Il est le non-choix de l'histoire. Et pourtant, on te certifie qu'il a choisi. Il faudrait prendre Adam par la main et le protéger de cette conspiration en l'écartant de cette ombre maléfique, pour enfin retrouver le soleil.
Pour tout savoir la marron d'Inde ne sert définitivement à rien. Tu le regardes et basta ! Tu mets un coup de latte à ce fruit bizarre, façon footeux pour ne pas être... footu. Tu évites, à minima d'en prendre un dans la gueule que ce soit verticalement ou horizontalement.
Il est aussi idiot qu'un cochon d'Inde le marron d'Inde. Car c'est quoi un cochon d'Inde ? Un animal d'ornement ? Est-ce comestible ? Pas plus. Cela court de façon idiote coincé dans une roue et ça bouffe, ça bouffe... Mais c'est toi qui as faim !?!
J'ai lu quelque part quand même que le marron d'Inde est très toxique. C'est factuel. C'est l'hôpital assuré.
Mais ça quand tu es enfant les adultes ne te le disent jamais. Heureusement, ta génétique le sait. On doit toujours faire confiance à son intuition génétique. Celle qui te veut du bien.
On sent bien que c'est du poison même sans le mettre à la bouche. Rien que la posture grosse et luisante est louche. Un gros fruit cache toujours quelque chose. D'ailleurs pour Adam, c'était une énorme pomme bien pruinée de phytos qui lui est restée en travers de la gorge.
Son accessibilité est directement proportionnelle à sa capacité de nuisance. Même la bogue ne contient pas d'épines. "Petit, petit... Viens me croquer..." Quelle fourberie. Quel mensonge. Quel crime.
Quand tu es enfant, tu vérifies ta performance génétique et calme ta faim en mettant en bouche tous les fruits de la création. Le marron, évidemment, est recalé. Dégueulasse. Pourquoi planter un arbre qui ne donne que des fruits défendus ? Si tu as horreur des enfants, il n'y a pas de meilleur projet.
L'adulte est tellement tordu (il ne finira pas rond, mais marron c'est-à-dire imbécile sphérique) qu'il appelle les châtaignes des marrons pour que tu te perdes toute ta vie. Quand tu cherches des châtaignes on te propose des marrons. Pour voir si," en vieux singe ", tu ne pourrais pas, par inadvertance, confondre.
L'adulte toute sa vie semble avoir gobé cette histoire des marrons qui en fait pourraient être simplement des châtaignes.
Il faudrait proposer immédiatement de réutiliser les mots adéquats pour qualifier les deux fruits et ne plus jamais les confondre.
Voyons la châtaigne maintenant.
La châtaigne est comestible. Elle est délicieuse et te veut du bien. Le châtaignier, c'est l'arbre à pain, il sauve l'humanité des famines cycliques quand le marronier lui, en faux-châtaignier nourrit quelques chevaux et encore, je n'en suis pas certain (il seraient marron-tolérants !?!). Les seuils d'acceptation des équidés pour supporter les caprices des hommes, sont phénoménaux.
Le marron d'inde est agressif et te provoque des vomissements jusqu'à la mort qui te sauvera enfin. Le marron d'Inde, ton corps, ton esprit, toute ton âme le rejettent.
Le marronnier d'Inde après t'avoir séduit veut ta disparition. Il nie même ta présence sous son ombrage.
Le châtaignier plus rustique ne vit pas au milieu des canards idiots de grands parcs où se promènent les bien-pensants organisateurs de génocides humains. Il n'est jamais urbain. Surtout pas. Il aime trop la liberté et dialoguer avec de petits gredins libres. On le trouvera donc en forêts, sur les piémonts montagnards.
La châtaigne est sauvage, sa bogue te pique les doigts, elle a ses caprices, elle blesse toujours "pour rire" avant de récompenser... Mais surtout elle nourrit celui ou celle qui a faim. Elle réchauffe les mains puis inonde le corps tout entier. Elle a des parfums uniques, magnifiés par Maillard, celui des gâteaux et de la fête.
Avec la châtaigne il y a la lumière, la chaleur, on n'a plus jamais froid.
C'est sur ces réflexions que je vais aujourd'hui, comme Musette autrefois, aller en Cévennes à vélo chercher de belles châtaignes.
"Pour te finir", le marron d'Inde, ce sont des Amanites phalloïde déguisées en cèpes, semés volontairement dans les parcs pour nourrir les enfants fragiles...
Et ça personne ne le dit. Sauf moi. C'est fait.
Comme pour les cèpes, je donne pas le mes coins pour les châtaignes...
Une seule photo, un indice...