BRM 400 - 22 et 23 mai 2026 - 418 km
| Au MUC il y a bien un ancien haltérophile mais pour qui peut encore envisager de soulever 400 km (kg?) je ne vois que Pascal Lometti. |
- Haltérophilie : faire un BRM 400, c’est un peu comme soulever 400 kg en sport de force. C’est lourd. Dans la terminologie ultra, on parle de quadruple quintes horaires à négocier en roulage (soit 5 x 4 = 20 h). Ce n’est pas rien même si après, on ira fatalement s’allonger. Le délai d’élimination est de 27 h. Pas beaucoup de clients comme au BRM 200 car après 200 km il faut en remettre encore 200 pour rentrer.
Comme dit Eric (qui est-ce ?) : “sur un 400, le plus difficile ce sont les 200 derniers kilomètres, alors autant les faire au début.”
Certains viennent pour battre leur record de distance “non stop” comme ce Laurent de Teyran qui va nous accompagner. Il va pulvériser sa meilleure marque en la doublant. Quelle prétention, non ? Il aurait pu se tester sur 300 d’abord. Quel haltérophile aurait l’idée de doubler sa meilleure barre ?
| Départ à Assas... |
| Attention Pascal si tu n'es pas sage, je disparais ! Pas de visite de musée prévue... |
- Contrôles adaptés : Gérald (Razier) a simplifié cette année les contrôles en nous laissant tranquilles toute la nuit. Terminé les photos de panneaux faisant foi avec la tête de travers dans l'ombre d'une frontale mal orientée. Exit les Valliguières, Monieux, St-Déséry.
À Tavel, c’est Gérard Hotte (ancien créateur de la cyclosportive du Bouquet) qui s’y colle… Il est minuit. Le prochain tampon sera à Revest de Bion et il fera peut-être jour. On revient finalement à une époque sans portables.
| . |
![]() |
| Premier Contrôle à Sanilhac (22h28')- A la frontale... |
- Mer des Sargasses En 2022 (sur strictement le même parcours), j’avais été surpris par la section qui va de Valliguières à Tavel. Je ne savais pas trop à l’époque où j’allais. C’est une route qui arpente un plateau de garrigues. Elle serait abrasive et pentue, mais la nuit tout n’est-il pas déformé ? Il y aurait des kilomètres interminables… Seulement 12…
Cette année je suis prévenu et vais savourer le tronçon. Je le guette depuis la Calmette. Quelques cyclistes isolés nous rejoignent. On se regroupe. Ont-ils peur des sangliers et de l’isolement ? Le 400 peut-il faire disparaître quelques cyclistes ? Tavel arrive très tard. À minuit.
![]() |
| Gérard nous contrôle à sa voiture, c'est lui qui a connu la grande époque des Gibelin.. |
- Tubeless, tu meurs… Comment ne pas se souvenir de cette tentative de réparation d’un pneu tubeless sur la petite route de Bédarrides à Monteux en 2022 ? On avait passé 45 minutes à essayer de le démonter pour aider un gars qui était dans nos roues depuis Valliguières. En vain.
Ce même cycliste avait dormi dans le fossé pour un rapatriement ensuite le matin.
À Villes-sur-Auzon, c’est l’arrêt Fontaine à l’entrée du village. Un cycliste arrive doucement avec son phare. Il met son vélo à l’envers. Son bidon se vide… Je lui fais remarquer. Perturbé, il s’agite de façon incohérente.
Nous partons et par curiosité je lui pose quelques questions :
- Ca va ?
- J’ai crevé.
- C’est du tubeless ?
- Oui
Je me retourne vers Pascal et lui dis doucement :
- On se casse et vite !
- La Nesque : On ne présente plus les gorges de la Nesque avec son asphalte lisse et ses aigles qui guettent la défaillance… Ma satisfaction cette année est de les remonter intégralement de nuit. “Au clair de Lune”, comme dirait Gérald. Mais sans la lune. Avec Laurent et Pascal, nous en avons bien profité, en évitant les cailloux (éboulements) pour discuter un peu. Le résultat fut d’être surpris par le belvédère. On n'a pas vu le temps passer.
- Provence à l’aube. Le plateau de Ferrassières, célèbre pour ses lavandes de juin et de juillet, est tellement calme et accueillant que l’on pourrait s’y poser définitivement comme le font quelques Anglais en mal de soleil et d’art de vivre à la provençale C’est l’aube avec ses promesses, celle que Giono chérissait, lui qui vivait là-bas tout au bout du plateau. Giono préférait Lure au Ventoux, je ne sais plus pourquoi.
On s’installe au café. Vacances. Quel 400 ? À qui sont ces vélos ?
| C'est le retour, la vue (vie) est belle...(Ventoux face Nord) |
- Comfortably numb ? À Montbrun-les-Bains, une équipe de cyclistes équipés (casque bleu foncé) s’agite devant la boulangerie de la rue Centrale. La fatigue semble s’être abattue sur elle et le temps va désormais défiler, profitant de cette faiblesse. Ils sont arrivés avant nous et vont repartir après. Le temps d’arrêt pour beaucoup augmente avec les kilomètres parcourus. Quelques corps se demandent pourquoi ils n’ont pas dormi. On reconnaîtra le plus fatigué du groupe à cette volonté de vouloir résoudre un hypothétique problème proposé par le cerveau saturé de lignes blanches et aussi à ce phare avant toujours allumé.
- Le passage des Sablons va se réaliser sans hésitations, ni encombres. On profite un peu du GPS de Laurent, mais franchement, désolé, on pourrait faire sans lui. Virages, gauche, droite, gauche, quelques cyprès, un coup de cul et c’est gagné ! Ligne droite. Pas de Mistral et même une petite ventilation de sud. Cet endroit est un secteur remarquable qui interroge comme celui de Tavel cette nuit. Un verrou de passage.
![]() |
| Qui peut bien connaitre cette ferme ? |
- L’histoire se répète… Dans le secteur des 300 km, on a toujours un moment de rêverie. Comme il y a eu le “creux de la nuit” (disons de Valliguières à la Nesque), il y a le “creux de l’après-midi”, entre Beaumes-de-Venise et Uzès. Pour Saint-Victor-la-Coste, il faut prendre à gauche. En 2022 (sur le même BRM), au même endroit et moment, Pascal était parti tout droit !? Perdu dans ses pensées ou totalement endormi ? Je me dis que cette année il ne refera pas la même chose.
Et si.
Il entraînera même Laurent, dont le GPS lui dit pourtant de tourner. Il veut partager avec Laurent son rêve sans virage, ce ponton qui va vers un ciel à définir. Il n’a pas compris le passé, il est donc con et damné (condamné) à le revivre.
- Un reset pour finir ? Peu avant St-Théodorit, au km 355, un cycliste marche là-bas sur la route. J’ai pensé d’abord à une panne mécanique. En fait, il s’agit du “dépôt de bilan” physique et mental d’un participant d’Assas que je connais bien. En apprenti médecin de la longue distance, je fais mon ordonnance : essayer de dormir une demi-heure, voire une heure, à l’écart de la route, à l’ombre. En anglais on parle de reset.
Mais ce patient-là n’écoute personne. Il aurait dans la vie plutôt l’habitude de commander.
Dans un 400, ce n’est pas très efficace de donner des ordres à son corps parfois rebelle. Pourquoi se mettre dans de telles situations ?
| La bière d'arrivée toujours attendue à l'Inattendu... Une journée de pédalage tranquille... |



Commentaires